Page 78 - Mémoires et Traditions
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                   LES PLAqUES cOmmÉmORATIvES
C’est avec la construction du temple de la rue Buffault qu’Osiris a l’idée de faire graver des plaques qui donnent aux synagogues une valeur de panthéon juif14, mais aussi de lieu de mémoire de l’émancipation accordée par la Révolution. On a déjà évoqué le contenu des inscriptions qui suscitèrent la polémique avec le rabbinat ou les administrateurs du temple, mais il convient ici d’en retenir la composante séfarade, car elle se trouve en cohérence avec le désir incessant d’Osiris d’affirmer son identité spécifique.
Ce n’est pas tellement dans le choix des « illustres enfants » que son parti pris apparaît, car là il s’efforce de réunir toutes les personnalités juives de Moïse aux rabbins contemporains. Néanmoins, on peut relever qu’après Rachi, les rabbins cités appartiennent à « l’âge d’or » espagnol : Juda Halévi, Ibn Gabirol, Moïse Maïmonide, Abraham Ibn Ezra, Isaac Abravanel et jusqu’à Azaria de Rossi et Menassé ben Israël, l’un italien, l’autre hollandais, mais tous deux séfarades... La seconde colonne, dévolue aux contemporains, ne présente que huit Séfarades ou associés (comme Adolphe Crémieux) sur dix-huit noms. Parmi eux il faut retenir le grand rabbin David Athias, de Bordeaux, car il était l’aïeul d’Osiris ; son nom est aussi rappelé au dos de la tombe d’Osiris, après les exploits militaires du grand-père Daniel (il lui a fait construire dans le cimetière de Bordeaux une tombe en pyramide bombée traditionnelle). Quand au grand rabbin David Marx, un Lorrain certes, il figure là en tant que grand rabbin de Bordeaux... C’est dans l’hommage aux « Grands citoyens français défenseurs du judaïsme » que transparaît le mieux l’option identitaire d’Osiris. En effet, au lieu de célébrer la date du 27 septembre 1791 qui vit le décret d’émancipation des Juifs de France, aujourd’hui unanimement salué comme un acte fondateur pour le judaïsme français, Osiris veut inscrire la mémoire du décret qui, dès le 28 janvier 1790, avait non pas émancipé les Juifs du Sud-Ouest, mais reconnu leurs droits de citoyen, car ils étaient, en effet, dotés de Lettres patentes depuis plus d’un siècle. On perçoit à nouveau la discrimination opérée par les Séfarades à l’égard des Juifs alsaciens, lorrains ou allemands...
Ce processus est primordial pour Osiris, puisqu’il touche aussi à sa qualité de Français. À ses yeux comme à ceux de ses coreligionnaires, les Juifs du Sud-Ouest n’avaient donc pas besoin, au sens strict, d’être émancipés... Osiris emploie d’ailleurs ces termes à leur sujet : «... notre chère communauté, la seule véritablement Française à laquelle je suis fier d’avoir élevé un temple pour y prier le Seigneur et le supplier de protéger la France. »
La valeur symbolique de cette date est telle que dans les deux synagogues qui suivent les recommandations d’Osiris en la matière, Bruyères et Lausanne, à côté des noms de personnes qui connaissent quelques changements, l’hommage à Malesherbes, Mirabeau, l’abbé Grégoire, De Sèze, Clermont- Tonnerre et Duport demeure accompagné de la date du décret de l’Assemblée nationale du 28 janvier 1790.
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